Le toucher, comme objet de recherche
Un master en ingénierie de la santé, et un projet de thèse sur ce que le retrait du toucher fait aux soignants.
Dix ans de pratique clinique amènent forcément à se poser des questions que la clinique seule ne suffit pas à trancher. C'est le point de départ d'un master en ingénierie de la santé, mené en parallèle de l'activité de terrain, et d'un projet de thèse encore en construction.
Le virage « hands-off » en kinésithérapie
La kinésithérapie s'oriente de plus en plus vers l'exercice actif et les pratiques fondées sur la preuve, au détriment du toucher manuel. Ce virage est cliniquement justifié, mais il pose une question qui l'est tout autant : que perd le soignant lorsqu'il est privé de cet outil de régulation relationnelle et émotionnelle ? Le projet de thèse part de l'hypothèse que le toucher relationnel n'est pas un luxe ou une technique dépassée, mais une forme de régulation biologique qui protège le soignant de l'épuisement autant qu'elle sert le patient.
Quatre champs, une même question
Neurosciences affectives
La distinction entre empathie et compassion, et le rôle des fibres tactiles impliquées dans le toucher relationnel.
Psychologie de l'attachement
Le toucher comme geste de soin au sens large, au croisement de la théorie de l'attachement et de la psychologie positive.
Sociologie du travail
Le travail émotionnel du soignant, entre authenticité et épuisement, sous la pression des logiques gestionnaires.
Pédagogie médicale
La façon dont la formation initiale façonne, ou érode, ces dispositions relationnelles chez les futurs professionnels.
Une démarche progressive
Le projet est pensé en plusieurs volets complémentaires : un état des lieux quantitatif à large échelle, une étude qualitative sur le vécu des kinésithérapeutes, puis, selon les ressources disponibles, des volets plus interventionnels autour d'un protocole de toucher relationnel et d'un module de formation. La question de recherche a été stabilisée à l'été 2026 ; le lancement du premier volet est prévu à la rentrée, une fois le questionnaire pré-testé.
Une question née du terrain
Ce projet ne part pas d'une intuition théorique isolée, mais de dix ans d'observation clinique, en libéral, à l'hôpital, aujourd'hui à domicile. C'est cette continuité entre le terrain et la recherche qui structure l'ensemble de mon activité, du podcast à la formation.
« Le toucher n'est pas un reste du passé, c'est une condition biologique de l'avenir durable du soin. »